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FAUTEUIL LE 12BIS PAR CHARLES GODILLON EDITION BY LE CUBE ROUGE ET ELISABETH DEVULDER

Jérôme Godin – Le Cube Rouge – 270 Bld raspail – 75014 Paris

C’est dans le Var à 14 ans qu’il « chope le virus » sur un marché alors qu’il aide ses parents à vendre des objets pour vider leur maison. Le dimanche suivant il y retourne… puis tous les dimanches qui suivront. Sa mère, la pétillante Brigida l’accompagne. Il conduit la voiture, elle veille. Elle tient le stand, il chine. Ce qu’il aime « c’est le moderne », sans doute grâce à Gaston, son grand père, qui, toujours à la pointe, rapportait toutes les dernières nouveautés à la maison, comme ces fameux “ciseaux électriques à couper des feuilles” presque sortis d’un film de Jacques Tati. Le bac en poche à 18 ans, Jérôme s’égare dans des études d’électronique puis s’ennuie en licence d’éco et technique du commerce, bien plus concerné par la convivialité et les tournois de jeu de cartes qu’il organise parce que le “nombre de joueurs est illimité ». En parallèle il fait un passage remarqué chez un gros distributeur de meubles en tant que démonstrateur en ébénisterie (son arrière grand-père était ébéniste). Son talent à “raconter les objets” y est très vite repéré. Mais il quitte sa région d’enfance pour un job similaire à Paris, avant de décider à 22 ans de se lancer à plein temps dans sa passion.

En quelques semaines, il achète un vieux camion, le remplit de stock et fait son premier salon – Village St Paul – où sa première cliente sera Inès de La Fressange… Puis tout s’enchaîne, en 2003 il ouvre sa première boutique à Aligre avec des associés. L’aventure dure jusqu’en 2005 où au cours d’un voyage à Montréal il a l’idée du Cube Rouge : une petite vitrine (cubique) dédiée au mobilier européen des années 1950-1960. Quelques jours plus tard, alors qu’il rend visite à Franck, à la Cave des Papilles, Jérôme a le coup foudre pour le 14ème arrondissement et la rue Daguerre. Le 5 septembre 2006, au 11 rue Lalande, ouvre le premier Cube Rouge

Fauteuil le 12bis édition By Le Cube Rouge et Elisabeth Devulder 1

Naissance de « By Le Cube Rouge »

By le Cube Rouge c’est quoi ?

Jérôme Godin : L’édition de meubles dessinés dans les années 1950-60 dans lesquels je me retrouve parce qu’ils cultivent un certain art de vivre comme au Cube Rouge. Certains meubles n’auront jamais été édités jusque là, comme le Fauteuil 12BIS : 1ère édition par By Le Cube Rouge, en co-édition avec Elisabeth Devulder.

Comment l’idée d’éditer le fauteuil 12BIS est arrivée ?

Jérôme Godin : Elisabeth Devulder est venue me voir avec deux prototypes dessinés en 1960 par son père, Charles Godillon. J’ai vraiment eu un coup de coeur. Et je me suis dit qu’il fallait les éditer car ils ne l’avaient jamais été.

L’idée de faire de l’édition vous trottait déjà dans la tête ?

Jérôme Godin : Oui ça m’avait effleuré l’esprit à plusieurs reprises. Mais cette fois j’ai trouvé ça tellement beau que je me suis dit que ce n’était pas possible que ce ne soit pas édité. Alors je me suis dit pourquoi pas!

Pourquoi ce fauteuil ?

Jérôme Godin : En plus de le trouver très beau, je le trouve techniquement très intéressant : le dessin n’a jamais été vu. Evidemment il s’inscrit dans une époque et un courant de pensée, donc ça peut évoquer des pièces de la même période, mais il a quelque chose de vraiment singulier. C’est un très beau travail d’artisan, très précis : les pièces sont faites une par une. Deux feuilles de 3 mm de contreplaqué sont ployées et assemblées l’une à l’autre. Ça fait une coquille de bois qui vient se poser sur un berceau de métal pour stabiliser le tout. Le très bel arrondi s’apparente vraiment à la coque d’un bateau. Ça prend tout son sens puisqu’avant de dessiner des fauteuils, Charles Godillon dessinait des bateaux. Tout est fabriqué en France, dans un vrai respect des traditions et du savoir-faire, c’est plus intéressant. Et puis par rapport à l’environnement et à l’écologie c’est du mobilier qui ne va pas prendre l’avion ni le bateau. Il est fabriqué en Bretagne et sera distribué à Paris… Pour moi ça fait partie de la nouvelle façon, responsable, de consommer. On peut parler d’économie durable. Et puis ce sont des matériaux simples : contreplaqué et tube de métal.

Fauteuil le 12bis édition By Le Cube Rouge et Elisabeth Devulder 3

L’histoire du fauteuil 12BIS par Elisabeth Devulder :

Mon père est né en 1927 à Valenciennes. Vers 1960, il a deux projets, les plans de sa future maison et construire un dériveur. Avec sa femme, une femme avec des goûts contemporains, ils partent en 1956 à moto pour leur voyage de noces. Ils choisissent ensuite un terrain près de Valenciennes, à Jenlain. Ma mère est habillée en Courrèges, Cardin, Sonia Rykiel…

Mon grand père architecte, a participé à la reconstruction de Valenciennes. Mon père est géomètre en 1960 à Usinor de Denain qui s’agrandit à cette époque. Il aime participer à ce chantier pas banal. En regardant Richard Neutra, Le Corbusier et en écoutant la chanson de Jacques Brel: Ces gens là. «qu’on aura une maison Avec des tas de fenêtres Avec presque pas de murs » il pense à sa future maison. Celle-ci est, en effet, essentiellement vitrée du sol au plafond et de plein pied, très agréable à vivre, un rêve pour ma mère.

Aussitôt terminée elle est repérée du ciel, en avion par le directeur du quotidien de la Voix du Nord, il a un véritable coup de foudre et le soir même il sonne à la porte de la maison et passe commande pour la même ! Il y en aura trois identiques. C’est une des premières fois que l’entreprise St Gobain pose une surface vitrée aussi importante pour une maison individuelle. Quelque temps après elle est venu voir le résultat, convaincant. Il n’y a jamais eu de problème.

Cette maison plaît à quelques personnes et quatre commandes, pour des maisons de cet esprit, bien pensées, seront réalisées dans le nord. Le choix d’ameublement de mes parents se porte sur les fauteuils AA Airborne, des chaises Charlotte Perriand, la table Tulipe Saarinen et ses chaises, bergères et fauteuils diamants H Bertoia. Nous prenions nos repas dans de la vaisselle Arne Jacobson. Vient ensuite la construction du dériveur solo, sportif , un petit bijou sur l’eau : un Moth. Avec son plan unique et exceptionnel il est remarqué et évoqué par la revue Bateau en 1962. Il se trouve aujourd’hui au musée de la petite plaisance de la Rochelle.

Des bateaux il en fera d’autres, une vingtaine mais à plus petites échelles, se sont des maquettes et des demi-coques, plus belles les unes que les autres. Une se trouve au musée de Saint Malo. Un ami propriétaire d’une cristallerie du Nord lui demande de dessiner un vase. Resté à l’état de prototype, j’ai ce beau vase. Du Moth, il reste du contreplaqué marine, suffisamment pour imaginer et réaliser deux fauteuils bas avec un piétement en acier et l’assise en contreplaqué. Mon père ne les terminera jamais. Enfant, je les ai toujours regardés, mis en attente dans son atelier, je les aimais. 52 ans plus tard, au moment de quitter le Nord il veut se débarrasser de ces quatre pièces, non ! Je les récupère. Déposés dans un atelier de marine, je les fais terminer et ils plaisent déjà aux clients qui passent.

Ces deux fauteuils me permettent de revenir vers mon père qui n’est plus là, ma mère aussi. Je suis heureuse aujourd’hui de montrer ces deux fauteuils, beaux et confortables de surcroît!

 

Pour toute information sur le fauteuil 12BIS : Le Cube Rouge

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