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BIO : PIERRE PAULIN (1927-2009)

Paulin_Pierre

Parmi les créateurs de mobilier français d’après-guerre, un nom s’impose : Pierre Paulin (1927-2009). Pourtant, si son talent et son influence sur l’habitat moderne sont aujourd’hui incontestablement reconnus, il aura fallu attendre l’année 1983 pour qu’une première exposition lui soit consacrée au musée des Arts Décoratifs, à Paris. Trente ans plus tôt, en 1953, au Salon des Arts Ménagers, le designer expose un mobilier fonctionnel destiné aux logements collectifs. Il est alors repéré par la firme Thonet et par le fabricant de mobilier Meubles TV qui commencent à l’éditer. Passage ensuite chez les Hollandais d’Artifort à partir de 1960, pour une quinzaine d’années de fructueuse collaboration. Pierre Paulin y imagine des pièces révolutionnaires pour leur époque, tant au niveau des matériaux utilisés, des lignes, que des techniques de fabrication. Des modèles devenus aujourd’hui iconiques.

De l’école Camondo au Salon des Arts ménagers

En 1949, le jeune Paulin est victime d’un accident au bras droit. Obligé d’interrompre une carrière de sculpteur à laquelle il se destinait, il intègre l’école Camondo pour apprendre le dessin. Son professeur Maxime Old (1910-1991), célèbre décorateur français, le repère et l’encourage à rejoindre le giron d’un autre enseignant, Marcel Gascoin (1907-1986), maître du mobilier de reconstruction. Pierre Paulin y retrouve les futurs «modernistes», Pierre Guariche, Joseph-André Motte ou encore Michel Mortier, dont les créations, empreintes de rigueur, d’élégance et de nouveauté, marqueront leur époque. Lors du salon des Arts Ménagers de 1953, Paulin expose un mobilier inspiré par l’esthétique nordique, découvert en Suède lors d’un récent voyage. Épurées, compactes et fonctionnelles, ses pièces ont pour objectif de plaire au plus grand nombre et de s’insérer dans de petits espaces, caractéristiques des appartements d’après-guerre. Il rencontre un grand succès qui lui vaut la couverture de la revue Maison Française. Cette soudaine, mais justifiée, notoriété, conduit tout droit Pierre Paulin chez Thonet, le célèbre fabriquant de la chaise de bistrot en bois courbé.

PIERRE PAULIN CM196 THONET

L’apprentissage chez Thonet

La société Thonet édite les premiers meubles en série de Pierre Paulin : le bureau CM178, la chaise CM196, ou encore la célèbre chauffeuse CM190. Ce mobilier aux lignes minimalistes et au design fonctionnel est avant tout, destiné aux collectivités. Mais il se retrouvera également dans des habitations résidentielles. Paulin utilise et teste toutes les nouvelles techniques de fabrication et les nouveaux matériaux mis à sa disposition : le contre-plaqué moulé, notamment pour les assises, et le formica que l’on retrouve sur certains de ses bureaux. En 1955, il dessine le fauteuil CM194 qui utilise un tissu «élastique» inédit, type jersey, pour le recouvrement et qui préfigure déjà la production de la prochaine décennie. Entre 1952 et 1958, Pierre Paulin suit un réel apprentissage au métier de designer, terme qui n’existe pas encore et dont il pose les jalons. Il y dessine quelques-unes de ces plus belles réalisations alliant rigueur et simplicité, dans un souci permanent d’adaptabilité à l’espace. Parallèlement à la collaboration avec Thonet, il produit quelques pièces chez l’éditeur français Meubles TV, plutôt destinées à l’habitat qu’aux administrations, comme sa banquette-lit, aujourd’hui rééditée par Ligne Roset. Parmi les modèles de cette période, une paire de chauffeuses CM 190 s’échange autour de 1500 euros dans la version son simili cuir d’origine, les bureaux CM178 et CM141 se trouvent régulièrement autour de 1500 euros pour le premier et quasiment le double pour le second. Pour une banquette-li originale, comptez entre 4000 et 6000 euros, dans un état correct. Certains meubles, notamment les chaises, ont été éditésà de nombreux exemplaires. Ils se chinent aisément sur les foires et les sites spécialisés.

PIERRE PAULIN BUREU CM141 THONET

La période Artifort

À l’aube des années 1960, l’histoire du mobilier vit un tournant. Les Français veulent de la couleur, des matériaux nouveaux, des formes arrondies, un peu de folie dans leurs intérieurs : le modernisme des années 1950 est dépassé. Face à ce changement radical, les commandes se raréfient pour Paulin. En 1959, André Simard (1926), proche de Paulin, présente ce dernier à Kho Liang Le (1927-1975), le directeur artistique de la société hollandaise Artifort. Le coup de foudre professionnel est immédiat. Les cadres d’Artifort décèlent tout de suite le caractère moderne et précurseur de Paulin ; ils signent avec lui pour une série de mobilier. Non seulement Paulin participe à la révolution des années 1960 dans le domaine de l’ameublement, mais il en est l’un des principaux acteurs. Il ressort des archives le fauteuil CM137 (créé chez Thonet, en 1952) qu’il renomme F156 ou «Oyster. Mais surtout, il dessine le fauteuil F551 dit le «Big tulip » composé d’une coquille en hêtre moulé recouvert de mousse bultex et de tissu, complétée d’un piétement étoile. Une réussite devenue l’un des symboles des années pop ! Jusqu’en 1975 s’en suivront de nombreux best-sellers dont le fauteuil F560 ou Mushroom, modèle favori du créateur dans sa ré-interprètation moderne du célèbre fauteuil crapaud. Grâce à l’utilisation des nouvelles techniques de fabrication de coques moulées et à l’emploi du jersey (avec le fauteuil CM194), des pratiques amorcées chez Thonet, Paulin a pu proposer des assises inédites comme le fauteuil Tongue ou le Ribbon qui trônent dans de nombreuses collections de musée. Pour un fauteuil Mushroom original, comptez entre 900 et 2000 euros dans un très bon état et (petit ou grand modèle) et de la présence ou non d’un ottoman. Un Oyster trouve preneur autour de 1200 euros, rajoutez 300 euros pour un grand modèle. Le Ribbon est une pièce moins courante, particulièrement dans son tissu d’origine psychédélique de Jack Lenor Larsen. Il vous en coûtera plusieurs milliers d’euros (vous aurez plus de chances de le trouver en galerie spécialisée).

CANAPE BLUB BLUN PIERRE PAULAIN

Le collectif AD SA

Maïa Wodzislawska, l’épouse de Pierre Paulin, et Marc Le Bailly, fondent, en 1967, l’agence AD, dont le but est de mettre en relation designers et industriels. De 1975 à 1990, Paulin rejoint l’agence devenue AD SA, et favorise la création industrielle en initiant des projets pour de grandes enseignes comme Allibert ou Calor. Paulin reçoit pour cette dernière, le Grand Prix national de la création industrielle, en 1987. Dans cette entreprise qui réunira jusqu’à cinquante personnes, Pierre Paulin s’épanouit difficilement. Il préfère le travail en petit groupe, voire en solitaire. Au-delà de la qualité de son travail et de son influence sur les arts décoratifs, Pierre Paulin est un créateur avantgardiste qui a su vivre avec son temps. Il s’est adapté aux nouvelles techniques de fabrication et aux tendances, quand il ne les a pas initiées. Il est l’un des rares designers dont les créations ont traversé les époques.

Les commandes des présidents

Grâce à la modernité de son style, Pierre Paulin est choisi pour concevoir l’aménagement des appartements privés à l’Élysée du président Pompidou, en 1971. Au programme, et en collaboration avec le Mobilier National, la salle à manger, le fumoir et le salon des tableaux. Pour ce dernier, une série de fauteuils et de canapés, de chaises et tables dites «trèfle» en référence à leur piétement, ainsi que des lampadaires, sont imaginés. Durant l’année 1971, quelques-unes de ces pièces sont éditées, à peu d’exemplaires, par Le Mobilier National, Alfa International (assises et tables trèfle) et par La Compagnie Verre Lumière pour les luminaires. Ce mobilier est très rare sur le marché de l’occasion, et recherché par les galeries et les collectionneurs fortunés. Les fauteuils et canapés sont réédités depuis quelques années par Ligne Roset dans des proportions et des finitions assez éloignées des originaux. Sollicité par le président Pompidou lui-même, Paulin dira de ce projet qu’il fût l’un de ceux pour lesquels il accorda le plus d’attention, réalisant des espaces à la fois poétiques et chaleureux. En 1984, c’est François Mitterrand qui fait appel à Pierre Paulin. Cette fois, il conçoit le mobilier du bureau du président. Nouveau défi et nouvelles contraintes, Paulin s’éloigne du côté moderne et onirique du mobilier Pompidou et se tourne vers un mobilier plus esthétique et élitiste. Il dessine donc des bureaux, des tables et le célèbre fauteuil à palmette en bois d’amarante édité par Le Mobilier National dont la cote se situe autour de 2500 euros. Ce mobilier prend place à l’Élysée à partir de 1988.

expo pierre paulin galerie jousse 2

Quid des rééditions ?

La majorité des grands classiques de Paulin des années 1960 sont réédités par Artifort depuis 2006. Les modèles sont très proches, avec parfois des housses zippées, notamment sur le Mushrooom ou le Ribbon. Certaines versions ont subi quelques liftings. Ces rééditions se trouvent régulièrement sur le marché d’occasion ; veillez donc à bien faire la différence entre une réédition et une version originale. Également, la société Ligne Roset a racheté les brevets de certaines pièces : le bureau CM141, le lit de repos, la chaise TV et le salon Pumpkin, entre autres. Si les matériaux semblent de qualité, les proportions, elles, sont parfois différentes des modèles originaux, spécialement sur le Pumpkin, revisité, ce qui permet aisément de le reconnaître dans cette version. On ne  soulignera jamais assez les avantages à favoriser l’édition originale à la réédition : l’esthétisme, la dimension historique, et l’aspect financier puisqu’une pièce originale bien achetée ne perdra pas de valeur.

À lire

Pierre Paulin, Un univers de formes Par Anne Chapoutot. Éditions Du May, 1992.

Pierre Paulin Par Élisabeth Védrenne et Anne- Marie Fèvre. Editions Dis Voir, 2001.

Pierre Paulin : Designer Catherine Geel. Archibooks, 2008.

Pierre Paulin : le designer au pouvoir Par Myriam Zuber-Cupissol, Catherine Geel, Arnaud Brejonde Lavergnée,Valérie Guillaume et Isabelle Tamisier- Vétois. Éditions RMN, 2008.

Pierre Paulin, L’homme et l’œuvre Par Nadine Descendre. Albin Michel, 2014.

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Expo PIerre Paulin Beaubourg

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GEORGE NAKASHIMA – 50 ANS DE CREATION @ GALERIE ALEXANDRE GUILLEMAIN – 21 Sept. au 27 Oct.

« Japonais ? Pas par la naissance. Américain ? Certes, mais pas seulement. George Nakashima se définissait avant tout comme « un membre de la communauté mondiale ». Si ses créations figurent aujourd’hui dans les plus grandes collections – publiques comme privées – de part et d’autre de l’océan Pacifique, il reste, au-delà du cercle des amateurs, méconnu du public européen. Cela s’explique par la rareté de ses pièces, fruits d’une production contrôlée, et par la faible diffusion européenne des ouvrages qui lui sont consacrés, en dépit d’une bibliographie abondante. Ses liens avec le Vieux Continent sont pourtant étroits et particulièrement avec la France où il réside à deux reprises : la première fois lors d’une étape importante de sa formation aux Beaux-Arts de Fontainebleau en 1928, la seconde de 1934 à 1936 lors d’un séjour au cours duquel il se place au centre de la vie intellectuelle et au plus proche de la pensée moderne.

Tout au long du XXème siècle, au gré d’une existence qu’il voulut simple et discrète, George Nakashima sut se forger une identité singulière marquée par un goût immodéré du voyage et une curiosité insatiable dont il a continuellement nourri son œuvre. Rares sont les créateurs de sa génération qui, avant même le traumatisme de la seconde guerre mondiale, auront été animés d’un désir si profond de dialogue entre les cultures. C’est cette dimension cosmopolite, matrice de l’œuvre de George Nakashima, qui en forge le caractère unique. Dépassant le conflit Orient-Occident à une époque où tout rapprochement semblait impossible tant sur le plan culturel que politique, G. Nakashima n’a jamais exprimé un quelconque tiraillement entre son appartenance à la Nation américaine et ses origines japonaises. Cette double filiation se révéla au contraire le noyau de son universalisme.

Durant toute la première partie du XXème siècle, il arpente les Etats-Unis, l’Europe puis l’Asie, incorporant à son socle culturel les traits propres à chacune de ses rencontres et de ses découvertes. Il faut voir dans cette période dominée par son travail d’architecte la genèse de son œuvre d’ébéniste, tant sur le plan philosophique qu’esthétique. Lorsqu’il débute officiellement son activité en 1943, George Nakashima est un homme de 38 ans qui s’engage dans une voie mûrement réfléchie. Son choix de produire du mobilier ne se réduit pas à une simple activité économique dérivée de l’architecture, c’est l’aboutissement d’une longue réflexion sur le sens même de son existence. Exceptionnelle par sa densité, l’œuvre de George Nakashima fait système ; elle met en résonance l’objet avec tous les aspects de la vie de son créateur : son environnement physique, sa spiritualité, sa famille, ses héritages culturels. Chacune des pièces de George Nakashima révèle ainsi en filigrane une vision du monde dans sa complexité. Créer pour vivre, vivre pour créer, tel pourrait être l’épitome d’une existence menée au fil du bois. »

Texte et visuels via Galerie Alexandre GUILLEMAIN

Galerie Alexandre GUILLEMAIN – 35 rue Guénégaud – Paris 6

VENTE PIERRE CHAPO @ PIASA – 26 Sept. 2018

Toutes les infos sur PIASA

GALERIE WA @ PARIS

GALLERY WA DESIGN X THE GOOD OLD DAYZ 1

« La vocation de la galerie WA est de faire entrer en résonance les œuvres de designers japonais et français qui, au-delà des époques et des frontières, partagent une même culture de l’épure, constitutive des arts traditionnels nippons mais aussi du modernisme occidental.

Une culture fondée sur la quête d’harmonie (« wa » en japonais) et qui rejette tout ornement au profit de formes simples sublimant les qualités intrinsèques des matériaux jusque dans leurs imperfections et exaltant l’infinie richesse du vide, virtuellement plein de toutes les interprétations possibles.

En jetant un pont entre l’Orient et l’Occident, la galerie WA donne ainsi à voir une approche du design toute en oxymores, célébrant la beauté de l’asymétrie, l’essentialité des détails, et dépassant les dichotomies entre l’utile et l’esthétique, l’artisanat et l’art, les savoir-faire ancestraux et l’innovation, le raffinement et la rusticité, pour conférer à chaque création cette subtile harmonie, porteuse d’un indéniable supplément d’âme.

Purement et simplement. »

GALLERY WA DESIGN X THE GOOD OLD DAYZ 9

GALERIE WA – 26 Place des Vosges – 75001 Paris

Showroom en étage sur RDV

BIO : FLORENCE KNOLL (1917)

Knoll est certainement l’éditeur de mobilier le plus emblématique depuis l’après-guerre. Quelques-unes des plus grandes icônes du design du XXème siècle sont sorties de ses usines comme la chaise tulipe d’Eero Saarinen, le fauteuil wassily de Marcel Breuer ou bien les assises sculpturales en fil d’acier d’Harry Bertoia. Derrière cette réussite, un couple mais surtout une femme : Florence Knoll (1917) qui a soufflé ses 100 bougies l’année dernière et qui révolutionna la notion de mobilier mais également d’aménagement avec ses idées novatrices alliant le talent des plus grands créateurs modernistes aux dernières technologies de production. L’équilibre parfait entre l’art et l’industrie, entre la fonction et l’esthétique.

Naissance de l’architecture d’intérieur

Hans Knoll (1914-1955) fonde sa société en 1938 et rencontre Florence Schust en 1941 avant de l’épouser 5 ans plus tard. Dès le début des années 40, ils souhaitent développer l’ameublement moderne aux Etats Unis et pour se faire, décident d’engager les meilleurs designers de l’époque : Jen Risom, Eero Saarinen, Isamu Noguchi, Mies Van Der Rohe ou encore Charles Pollock. Le résultat est immédiat car Florence Knoll développe en parallèle la notion d’architecture d’intérieur en proposant des solutions complètes à ses clients via des plans d’aménagements, la création de leur propre tissu d’ameublement « Knoll Textill » ainsi que l’ouverture de showrooms dans les plus grandes villes américaines ainsi qu’à Paris.

Le mobilier Florence Knoll

Non contente d’être la directrice artistique du plus célèbre éditeur de mobilier américain d’après-guerre, Florence Knoll commence à dessiner elle-même du mobilier dès 1945, notamment ses premières enfilades à portes coulissantes en raphia et poignées en cuir. Elle propose par la suite, au milieu des années 50, sa ligne « parallel bar » et sa série « T angle » composées d’assises et de tables, toutes ces pièces ayant pour point commun des lignes simples et sans fioritures alliant fonctionnalité et modernisme, le style Florence Knoll. Nul besoin de reconnaissance ou bien  de rejoindre les illustres créateurs de son écurie, l’idée étant seulement de répondre à un besoin en terme d’aménagement lorsqu’elle ne trouve pas ce qu’elle cherche dans son catalogue ou bien auprès des designers de la marque. Ses pièces sont toujours distribuées par Knoll aujourd’hui même si les lignes ont évolué et que les modèles diffèrent des créations originales afin de s’adapter aux époques. Pour une paire de fauteuils parallel bar dans un bon état d’origine, il faut compter entre 1500EUR et 2500EUR, les versions actuelles étant distribuées dans un tarif avoisinant les 5000EUR la pièce. Les tables basses et petites tables d’appoints quant à elle, se chinent à partir de 150EUR, les versions à plateau marbre étant les plus chères et les plus prisées. Pour une enfilade avec porte en raphia, les prix s’échelonnent entre 1800EUR et 3000EUR en fonction de l’état de conservation.

Le mobilier en fil d’acier

Si le banc composé de 2 piètements métalliques en « Y » surmonté de latte de bois est la première création issue de la collaboration entre Harry Bertoia (1915-1978) et le couple Knoll en 1952, c’est bien avec ses assises en fils d’acier que le sculpteur et designer italien obtient sa renommée internationale. Dès la sortie de ses chaises « wire » et de ses fauteuils diamant, entièrement façonnés à la main pour les premières versions, le succès est immédiat. Alliant pureté et légèreté, les créations de Bertoia détonnent avec ce qui se fait à l’époque, ce qui ne les empêchent de rapidement trouver la voix de la production en série. Toujours en production actuellement, le prix d’un fauteuil diamant neuf est de 2200EUR quant la côte d’une version originale s’évalue à 700EUR. Avis aux chineurs, veillez à bien vérifier l’état des soudures avant tout achat, tout spécialement sur les bords des chaises et à la base des dossiers, c’est le petite point faible des versions très anciennes.

Une dizaine d’années plus tard, en 1966, c »est l’architecte américain Warren Platner (1919) qui propose une ligne de mobilier sculpturale très chic en fils d’acier cintrés, cette nouvelle technique de fabrication permettant à Platner de compléter son offre avec des tables basses, des guéridons et des tables à manger, là où son collègue Bertoia s’était arrêté aux assises. La relative complexité dans la fabrication de ces pièces ne freine pas leur succès, néanmoins, le coût s’en ressent clairement, encore aujourd’hui. Il faut compter presque 8000EUR pour un grand fauteuil neuf et un peu moins de la moitié pour une version originale, l’avantage étant la casi absence de copies sur ces modèles ou alors des contrefaçons flagrantes. Notez que toute la gamme se décline en 2 finitions : bronze métallique peint ou bien nickel brillant verni.

La chaise tulipe en 1957

Si l’on devait résumer l’aventure Knoll en une seule pièce, ce serait surement celle-la. Florence Knoll rencontre Eero Saarinen (1910-1961), au même titre qu’Harry bertoia d’ailleurs, lors des ses études à l’institut Cranbrook dirigé par le propre père de Saarinen. Le créateur américain d’origine finlandaise travaille déjà depuis quelques années avec le couple Knoll lorsqu’il décide de créer toute une gamme de mobilier doté exclusivement d’un piètement centrale afin d’alléger les intérieurs, chose qui n’existait pas encore dans les années 50. C’est ainsi que la chaise tulipe est née composé d’un piètement centrale en fonte d’aluminium recouvert de rislan assurant une bonne stabilité grâce au poids surmonté d’une coque en fibre de verre moulée et renforcée. Elle peut être pivotante et accueille une galette de mousse alvéolé recouverte d’un lainage. On assiste alors à une petite révolution dans le monde du design américain et la chaise tulipe devient vite un best-seller qui ne se dément toujours pas de nos jours, les clients la voient comme une création futuriste dont la forme et le piètement sont entièrement pensés pour faciliter la vie quotidienne de son utilisateur. Encore une fois, Knoll tape dans le mille. Toujours au catalogue, une chaise de Saarinen est affichée à 1300EUR, une version ancienne peut se trouver pour 400EUR.

Marcel Breuer et son fauteuil wassily

On peut considérer que le célèbre fauteuil wassily a eu 3 vies depuis sa création par l’hongrois Marcel Breur (1902-1981) en 1925. En effet, il est tout d’abord édité entre 1925 et 1960 chez Thonet avant de passer sous licence Gavina SPA jusqu’en 1968, date à laquelle l’éditeur italien est racheté par Knoll qui produit cette assise en continu depuis. ll devient très vite un classique de la marque car il répond parfaitement à 2 grandes exigences du fabricant américain : des lignes modernistes et intemporelles alliées à un montage se prêtant parfaitement à la fabrication en série. Nommé wassily en hommage au peindre Kandinsky, ce fauteuil est constitué d’un armature tubulaire héritée du mouvement Bauhaus complétée d’une assise, d’un dossier et d’accoudoirs en croûte de cuir. Première création officielle de Breuer, le wassily est victime de son succès et n’a malheureusement pas échappé à la contrefaçon, pour vous éviter toute mésaventure, sachez que les éditions Knoll sont gravées du logo de l’éditeur ainsi que d’un numéro de série sur l’armature, et que le montage ne doit laisser apparaitre aucune visserie. Un modèle neuf vous coutera autour de 2100EUR quand une version d’époque, à partir de 1968 trouvera preneur pour 600Eur en moyenne.

Le culbuto ou l’exception française.

C’est la seule création d’un designer français à avoir été éditée par knoll à ce jour. Le projet de culbuto nait dans l’imaginaire de Marc Held (1932) en 1967 et prendra 4 ans avant d’être édité, le créateur devant revoir sa copie plusieurs fois. S’inspirant du fauteuil œuf du danois Arne Jacobsen, le français souhaite créer un fauteuil à bascule dépourvu de pied. Lors de sa présentation chez Knoll à sa sortie, c’est la douche froide, les responsables de Knoll France refusent le projet, trop éloignée de l’esprit de la maison. Heureusement, Florence Knoll, de passage sur la capitale, l’essaye et l’adopte ! Relatif échec commercial à sa sortie, c’est un fauteuil qui jouit d’une grosse côte d’amour aujourd’hui, comptez 3500EUR pour un petit modèle et 5000EUR pour la version haut dossier. En collaboration avec sa fille Marion, Marc Held réédite 12 exemplaires fidèles à son prototype dit « primo culbuto » en 2013, ces versions sont dotées d’accoudoirs plus fins que les modèles classiques ainsi que d’un dossier beaucoup plus large en forme de pétale. Commercialisées 12000EUR à leur sortie il y 4 ans, ces versions sont introuvables aujourd’hui et ont surement dû atterrir dans des collections privées qu’elles ne sont pas prêtes de quitter.

Edition ancienne ou réédition?

Devant la multiplication des rééditions, la question qui revient souvent est : faut-il privilégier une pièce ancienne ou bien céder aux sirènes de du meuble neuve. Au delà de l’intérêt évident de posséder une pièce historique avec une histoire et une patine, il y a des arguments beaucoup plus pragmatiques à considérer lorsque que vous choisissez d’acquérir du mobilier édité par Knoll. Niveau tarif pour commencer, à part quelques rares exceptions, une pièce vintage vous coutera en générale entre un tiers et la moitié du prix neuf. Ensuite, la disponibilité, les délais de fabrication dans le neuf se situent autour de 8 semaines, jusqu’à 12 pour certains meubles. Pour finir, pour une table d’Eero Saarinen avec un plateau en marbre par exemple, vous avez l’avantage de voir le plateau et donc d’apprécier la qualité du veinage dans le cadre d’un achat d’occasion, ce sera la surprise si vous passez commande directement chez l’éditeur.

Les contrefaçons

Tout comme dans la mode, le mobilier de luxe attire nombre de faussaires et Knoll n’en est pas exempt. Pour ce qui est du neuf, vous trouverez plus de site proposant des contrefaçons que l’inverse sur le web donc privilégiez les adresses ayant pignon sur rue et en cas de doute si le tarif est inférieur de plus de 15% du prix couramment constaté et bien passez votre chemin. Dans l’ancien, c’est beaucoup plus compliqué, les versions les moins tardives sont parfois estampillées comme la chauffeuse barcelona qui possède une gravure du nom de l’éditeur sur son piètement depuis une vingtaine d’années. Pour les chaises tulipes, la majorité possède la dénomination « Knoll International » embossé dans la fonte sous le pied, dans le cas contraire, c’est à votre oeil qu’il faudra vous fier en vérifiant que les matériaux correspondent à l’original et que le coussin de la galette est bien alvéolé s’il est toujours présent et n’a pas été refait. D’une façon générale, même s’il est très ancien, n’oubliez pas qu’il s’agit de mobilier de luxe donc méfiez des trops bonnes affaires et des vendeurs qui font semblant de ne pas savoir ce qu’ils vendent en proposant des prix « entre 2 » semant le trouble chez l’acheteur.

A lire :

Knoll Design – Eric Larrabée et Massimo Vignelli – Harry N. Abrams 1981

Marcel Breuer : Furniture & Interiors – Christopher Wilk – Museum of Modern Art  1985

Marc Held : Du design à l’architecture – Eric Germain – Norma 2009

Knoll – Brian Lutz – Editions du Chêne 2010

Eero Saarinen : Furniture for Everyman – Brian Lutz – Pointed Leaf Press 2012

The Life and Work of Harry Bertoia – Celia Bertoia – Schiffer Publishing LTD 2015

7. Chauffeuse barcelona - Mies van Der Rohe - Knoll 1929

VENTE EUROPEAN SPIRIT AND SELECTED DESIGN @ PIASA – 20 JUIN 2018

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PROTOTYPE BUREAU BOOMERANG DIT « GRAND PDG » PAR MAURICE CALKA EDITION LELEU-DESHAYS 1969

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bureau boomerang maurice calka

Disponible chez PIASA dans le cadre de la vente European Spirit and Selected Design le 20 juin 2018.